La dramaturgie : entretien avec Yves Lavandier

— Scénaristiquement parlant, le cinéma français souffre de beaucoup de choses. D’abord, le poste scénario est sous-financé. C’est encore pire en télévision. Or, comme le dit un proverbe anglo-saxon, “Pay peanuts, get monkeys”. Si vous payez des cacahuètes, vous aurez des singes. En télévision, on a fini par comprendre que le scénario-récit était la pierre angulaire d’une série. Maintenant, il faut accepter de mettre le scénariste au centre du dispositif. En cinéma, même le cinéma qui s’efforce de raconter une histoire, on s’imagine toujours que le réalisateur est responsable de tout. Ce n’est pas ce que dit le Code de la Propriété Intellectuelle (article L113-7) mais c’est ancré dans l’inconscient culturel. Dans ces conditions, pourquoi valoriser le travail de ceux qui conçoivent le sens et la structure qui va avec ? 
(…)

— A quoi est dûe cette popularité du métier de réalisateur ?

— Au mythe que le réalisateur est le seul auteur d’un film. Quand on vous parle d’un film, on vous dit que c’est “un film de…”. En France, cette paternité est humainement et artistiquement abusive, en plus d’être illégale. Mais tout le monde la pratique, par paresse, par méconnaissance ou par dogmatisme. Légalement, humainement, artistiquement, vous ne devriez pas dire qu’Un air de famille est un film de Cédric Klapisch. Vous devez dire que c’est un film de Cédric Klapisch, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri et Philippe Eidel. Si vous n’avez pas la place (dans un magazine TV, par exemple), alors vous écrivez que c’est un film réalisé par Cédric Klapisch. Certains réalisateurs se battent contre ces abus. Je pense à Ken Loach et Stephan Frears qui n’arrêtent pas de rappeler, à longueur d’interviews, qu’ils ne sont pas scénaristes et de rendre hommage à leurs auteurs. Mais ils sont extrêmement rares. Ego oblige…

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