Pourquoi la Scénaristerie ?

POUR LES SCÉNARISTES :

Les scénarios « On Spec » sont des scénarios initiés par le scénariste seul. Ils ne sont ni une adaptation, ni une commande de producteur, ni une idée de réalisateur. Cette démarche est très rare en France où moins de 5% des films qui sortent au cinéma sont à l’initiative d’un scénariste.

Il est en effet très difficile aujourd’hui pour les scénaristes de développer leurs projets personnels car ils sont rarement payés ou soutenus dans leur entreprise. Les producteurs déboursent rarement de l’argent sur une idée ou une envie : il faut écrire et proposer un texte abouti pour avoir une infime chance de signer un contrat. Or un texte abouti (et bon !) ne s’écrit pas en quelques semaines et ce sont donc des mois, voire des années, de travail non rémunérées qui attendent ces porteurs de projets. Obligés alors d’accepter des commandes « alimentaires » pour vivre, les scénaristes mettent souvent leurs scénarios « On Spec » au fond d’un tiroir.

Les résidences et aides à l’écriture…

Pour les plus téméraires, il existe des aides qui permettent, quand on les décroche, de se focaliser sur les projets personnels. Et en France, elles sont nombreuses les aides à l’écriture, les bourses, les résidences qui vous aident à développer vos scénarios. Mais en lisant les conditions de sélection, certains détails interpellent :

  • Il faut parfois avoir fait plusieurs courts métrages sélectionnés dans certains festivals
    (Les scénaristes qui ne réalisent pas écrivent très rarement de courts métrages, plus souvent destinés aux réalisateurs qui ont besoin de montrer des images).
  • On demande les DVD des films précédents pour apprécier « l’univers » ou l’écriture or quand un scénariste a vu ses films réalisés par des réalisateurs différents, les univers se correspondent rarement… et les scénarios ont souvent été ré écrits par le réalisateur.
  • On demande systématiquement le nom du réalisateur, donnant parfois l’impression que cela peut être pénalisant d’être scénariste seul.
  • On vous demande également des dessins d’illustration si vous présentez un film d’animation, même si l’aide ne concerne que l’écriture.

Les témoignages ressortant des résidences ou ateliers d’écriture sont eux aussi éloquents : les promos sont composées majoritairement de réalisateurs, parfois même d’acteurs ou de techniciens, et les scénaristes seuls ne sont que très rarement représentés.

La Scénaristerie vient se placer en parallèle de toutes ces structures déjà existantes pour proposer aux scénaristes qui ne souhaitent pas réaliser un cadre unique en France qui les mettent en valeur et les soutiennent.

POUR LES RÉALISATEURS :

Le cinéma français, cinéma « d’auteurs », veut que pour être « un vrai » réalisateur, il faut écrire ses films. Dans le cas contraire, les réalisateurs ne seraient que de « simples techniciens » au service du scénario…

Alors les scénaristes, qui ont peur que leurs projets soient entièrement ré écrits par un réalisateur, se mettent à la réalisation et les réalisateurs, qui se sentent obligés d’avoir leur nom sur le scénario pour être respectés et considérés comme de vrais auteurs, se mettent à écrire.

Si certains manient la plume et la caméra avec talent, d’autres se demandent quand la torture va prendre fin.

A la Scénaristerie, nous sommes persuadés qu’un réalisateur qui n’écrit pas peut amener une vision, un point de vue et s’approprier un scénario à travers la réalisation seule. Spielberg, Eastwood, n’écrivent pas une ligne de scénario, ils ont un scénariste différent sur chacun de leurs projets et pourtant dès la première minute de projection, on reconnaît la pate du réalisateur. Pas besoin de tout ré écrire sans le scénariste pour mettre de soi dans un projet ! (Attention, il est évident que le réalisateur doit reprendre le scénario avec le scénariste, mais il est important de ne pas confondre la ré écriture, qui consiste à reprendre l’histoire en profondeur et faire des changements conséquents, et le lissage, qui est une version « mise en scène » du scénario pour le tournage : on bouge certaines scènes, on les raccourcit, on modifie des dialogues, on transforme des mots en image. )

Nous croyons en la collaboration, en la communication entre scénariste et réalisateur. Loin de nous l’idée de transformer le cinéma français et sa politique d’auteur : nous souhaitons juste ouvrir nos portes aux réalisateurs et aux scénaristes qui ne se sentent pas à leur place dans ce système.

(Pour compléter la réflexion sur le rôle du scénariste dans le cinéma français et sa place par rapport au réalisateur, voici un excellent article écrit par Guilhem Cottet, Directeur général de la Guilde Française des Scénaristes)

 

La réflexion ci-dessus concerne les scénarios On Spec et donc initiés par un scénariste seul. Il existe bien sûr d’autre cas de figure, comme la co-écriture scénariste/réalisateur mais nous ne sommes pas encore en mesure de proposer de programme de développement basé sur ce modèle.